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Je verrais toujours vos visages - Justice Restaurative

  • Photo du rédacteur: EMMA RUSSO
    EMMA RUSSO
  • 9 févr.
  • 4 min de lecture

Notre Cinepsy du 21 janvier a porté sur le film Je verrai toujours vos visages, de

Jeanne Herry, évoquant les parcours de justice restaurative de différents personnages ayant

été auteurs ou victimes de crimes tels que le viol ou les cambriolages à main armée. Nos

intervenants, Eric Ollivier, Elisa Marmand, et Pierre Cahen, sont tous les trois animateurs

bénévoles en justice restaurative depuis quelques années. Ils nous confient justement qu’ils

ont déjà vu le film à plusieurs reprises et ont même pu faire des sensibilisations à cette

pratique autour de Ciné-débats.

Il faut tout d’abord savoir que la justice restaurative a été créée en 2014 en France,

bien que cette pratique existait auparavant dans des pays anglo-saxons, notamment au

Canada. Les animateurs ont une posture très différente de celle d’un psychologue, car le but

n’est pas thérapeutique. En effet, que ce soit au travers des groupes ou des médiations,

c'est un dialogue, un espace d'écoute qui est proposé. Les animateurs restent ainsi en

retrait, adoptent une écoute inconditionnelle, tentent de favoriser le dialogue, L’objectif

premier est, comme les intervenants le disent : “d’offrir ce que le pénal ne donne pas”,

d’aider à réparer.

Il est nécessaire de garder également à l'esprit que les animateurs sont

“pluri-partiaux” et accompagnent autant les auteurs que les victimes. Les animateurs suivent

une formation, notamment avec des exercices de jeux de rôle, et suivent durant leur

pratique de la supervision. Ils sont également souvent en binôme.

Les personnes se formant à cette pratique sont très souvent Conseillers

Pénitentiaires d’Insertion et de Probation (environ 500 CPIP parmi les 800 personnes

formées à la justice restaurative en France).

Les échanges que l’on observe entre Chloé et son frère dans le film ont pris une

forme de rencontre en face à face, mais les médiations peuvent également se faire sous

forme de mails, de courriers, ou en face comme nous le voyons dans le film.

L’intervention de ce Cinépsy s’est construite autour de questionnements de la part du

public tant sur ce film que sur la pratique en elle-même. Les intervenants nous ont d’abord

dit que le film était assez réaliste car la réalisatrice s’est longtemps formée justement à la

justice restaurative. Les parcours des personnages sont inspirés de faits réels, et sont

proches de la réalité, surtout sur l’effet que cette pratique apporte aux individus, victimes

tout comme auteurs. Les intervenants nous ont dit que les participants étaient souvent

recontactés après les groupes de parole ou les médiations restauratives, afin de pouvoir

donner leur avis, et les paroles du film sont ainsi tirées de ces nombreux retours.

Il est cependant important de savoir que certaines médiations ne se terminent pas,

car il est rare que la victime et l’auteur soient tous les deux volontaires, parfois leurs idées

ne convergent pas. Environ 10% aboutirait, ce qui ne serait pas signe d’inefficacité en soi

mais indiquerait surtout que ce processus ne convient pas à tout le monde. En effet,

certaines personnes souffrant notamment de dépression, de TSPT, la réexposition aux faits

vécus pourrait être délétère pour elles. Les animateurs déclarent avoir l’habitude de


réorienter vers des psychologues ou même de s’assurer que la personne bénéficie de

soutien social.

Il peut par exemple avoir certaines personnes ayant été victimes de faits dont on ne

retrouve pas les auteurs, et la médiation ne peut pas être organisée.

Les animateurs ont pour objectif de préparer leurs participants à n’importe quelle

éventualité, et ceci en fait partie, ainsi que la possibilité que l’autre participant de la

médiation ne veuille pas participer, ou ait également des attentes envers le premier

participant.

Le public s’est également intéressé aux éventuels conflits pouvant se produire entre

participants, notamment ceux ayant vécu des événements traumatiques, qui voudraient

adresser des reproches, ou se montrer agressifs. Les intervenants nous ont dit qu’en cas de

conflit, ils pouvaient tenter de détendre l’atmosphère, de proposer une pause. Les violences

physiques et verbales ne sont pas tolérées mais des mots très durs peuvent être prononcés,

tant qu’on sait que la personne en face peut les tolérer. On peut notamment citer l’exemple

de Chloé qui interroge son frère sur les faits de violence sexuelles qu’elle a subi de sa part.

En face d’elle, son frère perd la parole et annule ses questions, ce qui démontre que malgré

les préparations qu’organisent les animateurs, la rencontre se produit toujours avec des

éléments inattendus.

La justice restaurative est une pratique récente encore en France, les chiffres

concernant l’impact sur la récidive ne sont pas encore connus ; au Canada, on estime une

baisse de 15%.

Les groupes restent constitués en petit nombre à travers la France, car la justice

restaurative est encore méconnue, bien que ce film ait contribué à attirer l’attention sur cette

pratique. Cependant, les groupes peuvent être également compliqués à constituer car des

victimes ou auteurs d’une même infraction peuvent néanmoins avoir eu des expériences

très différentes. En effet, il y a une profonde différence de vécu entre un cambriolage ayant

eu lieu lorsque les propriétaires de l’habitation étaient au travail, ou en vacances, et avec un

homejacking, ou encore entre deux victimes/auteurs de violences sexuelles incestuelles ou

non.

Le public s’est interrogé sur l’intérêt que pouvaient voir les auteurs à ces groupes de

parole ou même aux médiations, sachant qu’il n’y a pas de réduction de peine en

contrepartie. Il se trouve que 50% des demandes de médiations viennent des auteurs, car

en détention, les CPIP peuvent introduire les prévenus à ce dispositif. Les victimes

connaissent ainsi moins la justice restaurative.

En outre, rares sont les espaces où on accorde de l’importance aux récits d’auteurs

d’infraction sans jugement : les auteurs peuvent vouloir s’expliquer auprès de de victimes,

se confronter à elles, à leurs reproches, et cela contribue aussi à la construction d'une

conscience autour des faits, une responsabilisation.

La justice restaurative, au travers ce film ainsi que les discours de nos intervenants,

apparaît comme un espace de parole complétant l’apport du pénal, permettant à certains

participants de tourner la page, à d’autres de mieux mettre du sens sur ce qui leur est arrivé,

sur les faits commis.


Compte rendu réalisé par Romane Bouillon

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