Pour le pire et pour le meilleur - Les Troubles-Obsessionnels Compulsifs
- EPPro Paris
- 27 nov. 2025
- 4 min de lecture
Dans le film “Pour le pire et pour le meilleur” de James L. Brooks, Jack Nicholson incarne Melvin Udall, un homme cynique atteint de TOCs, qui est forcé temporairement de s’occuper du chien de son voisin et se révèle progressivement au monde et se libère de ses rituels.
Notre intervenante, Manon Cebron de Lisle, exerce en libéral depuis presque 6 ans, a travaillé dans une clinique psychiatrique, et reçoit des patients adultes, dont beaucoup avec des TOCs.
Elle commence premièrement par nous présenter les différentes thématiques de TOCs qu’elle retrouve chez ses patients :
- les TOCs de contamination : les patients sont habités par la peur d’être contaminés par quelque chose perçu comme dangereux ou sale, comme des maladies, les selles, l’urine, certains produits ménagers ... Ces personnes ont des rituels pour éviter la contamination, comme le lavage, et pratiquent l’évitement, comme des toilettes publiques, des bars vus comme sales ...
Manon Cebron de Lisle avait notamment un patient qui refusait de toucher un objet que sa mère avait ramené de chez quelqu’un que le patient percevait comme sale.
- les TOCs à thématique agressive : les patients ont peur d’avoir des pensées, paroles ou actes auto ou hétéroagressifs (blasphèmes, phobies d’impulsion, thème phobique pédocriminel). Ces patients, selon leur TOC, vont éviter les armes, les fenêtres, les ponts, par peur d’avoir commis ou de commettre un passage à l’acte
Il est important de noter que ces patients ne passent jamais à l’acte si leur diagnostic est seulement celui d’un TOC. Ce sont des personnes qui vont être terrifiées à l’idée de passer à l’acte, mais qui ne le feront pas.
- les TOCs d’ordre et symétrie
Il est important de différencier obsessions, compulsions, et évitement, qui sont les trois piliers du tableau clinique du TOC mais qui ne sont pas tous présents chez les patients ayant un TOC.
Comment accompagne-t-on les patients souffrant de TOCs ? Existe-t-il des outils ?
On prend en charge le TOC avec la TCC, nous explique Manon Cebron de Lisle, car c’est ce qui est le plus efficace. On peut suivre la méthode de l’exposition avec prévention de la réponse, qui est la méthode plus classique. On fait avec le patient de la restructuration cognitive, et on explore les croyances derrière le TOC (technique de la flèche descendante). On fait ensuite de l’exposition avec des situations de difficulté croissante pour le patient. Cela permet de développer une tolérance à l’anxiété pour les rituels.
On peut aussi utiliser l’approche neuro-comportementale, plus récente, en ne rentrant pas dans le fonctionnement du TOC. A la place, on va étudier l’anxiété et le doute, notamment avec de la psychoéducation, et travailler sur la différenciation entre les suppositions et les certitudes. Le TOC vient chercher des éléments qui sont importants pour les patients (attention : les thèmes sont universels, seulement leur manifestation dépend de la personne). Le patient apprend alors à nommer le TOC quand le doute apparaît et à “laisser couler”.
On peut utiliser des outils, comme la Y-BOCS, questionnaire sur le TOC.
Il faut surtout apprendre aux patients à se détacher de leurs pensées afin qu’ils n’adhèrent pas à leurs croyances erronées. Il faut qu’ils arrivent à se dire que ce ne sont que des pensées et non pas des faits.
Le TOC est un trouble que l’on peut réellement soigner et apporter un changement dans la qualité de vie des patients. Il y a des personnes qu’on va réussir à soigner complètement, ou d’autres personnes qui auront juste des symptômes résiduels.
Cependant, le stress peut majorer les symptômes du TOC ; ainsi le TOC peut revenir dans des périodes stressantes dans la vie du sujet.
Dans le film, on note des discordances par rapport à la réalité des TOCs : l’amour n’a jamais guéri un TOC, même si cela peut motiver un patient. En effet, une motivation extérieure peut aider à réaliser les expositions, qui peuvent être très difficiles et inconfortables pour les patients.
De manière générale, l’entourage peut renforcer le TOC en voulant soulager la personne et donc participer aux rituels. Le thérapeute peut donc demander à voir la famille pour faire de la psychoéducation et leur demander d’arrêter de participer aux rituels et céder aux demandes/angoisses de la personne ayant un TOC.
Concernant Vernell, le chien du voisin de Melvin, il est évident que s’occuper d’un chien serait très difficile pour les personnes ayant un TOC de contamination (le chien marche dans la rue puis rentre dans l’appartement, ramasser les selles d’un chien pourrait horrifier un patient).
Le TOC a une origine neurobiologique. En effet, le patient souffre d’un déficit de sérotonine jouant sur la tendance à contrôler, et il peut y avoir des atteintes dans le cortex préfrontal. D’autres zones du cerveau font que le TOC s’automatise, se chronicise, et cela pousse le comportement à se répéter. C’est pour cela qu’on prescrit des antidépresseurs ISRS (inhibiteurs sélectifs de recapture de la sérotonine) pour agir sur la sérotonine.
Il est important de distinguer personnalité obsessionnelle et TOC. Les troubles de personnalité sont des fonctionnement globaux, rigides, pathologiques de la personnalité qui se construisent depuis l’enfance, tandis que le TOC a une origine neurobiologique. Les personnes ayant une personnalité obsessionnelle sont rigides, têtus, ont le souci de l’ordre et du détail. Dans le film, Melvin aurait plus une personnalité antisociale. On obtient une représentation très négative du TOC, avec un personnage qui souffre mais qui est aussi extrêmement désagréable et méprisant envers son entourage.
Manon Cebron de Lisle nous a aussi recommandé quelques livres sur les TOCs
- TOC, vivre avec et s’en libérer, AFTOC, Elie Hantouche et Vincent Trybou
- Se former à la prise en charge des TOC avec les TCC, Anne-Hélène Clair et Vincent
Trybou




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