top of page

Art-thérapie - Marieliesse-Leroux

  • Photo du rédacteur: EPPro Paris
    EPPro Paris
  • 22 janv.
  • 4 min de lecture

Conférence du 14/01/2026 sur l’art-thérapie,

Compte-rendu par Maureen GUEZ

Une palette de possibles

Cette conférence nous fut donnée par MarieLiesse Leroux. Diplômée d’un master 2 en psychopathologie clinique renforcé d’un DU arts et médiations thérapeutiques, notre intervenante exerce depuis une dizaine d’années en libéral, ainsi qu’en humanitaire et social. L’intervenante a ouvert la rencontre par le questionnement suivant : l’art est-il thérapeutique en soi ?

Si cette question peut aujourd’hui relever d’une importance capitale en matière de soins psychiques et de prise en charge thérapeutique, les enjeux ne furent, historiquement, pas toujours les mêmes. En effet l’art, bien que présent chez l’Homme en tout temps (notamment avec les dessins de la Grotte de Lascaux, les hiéroglyphes ou encore les représentations du Moyen-Âge), n’a pas toujours été reconnu en termes de cures. Sa présence, pourtant indéniable avec la notion de Catharsis du théâtre Grec ou encore par la musicothérapie avec le Roi David, n’a été corrélée à la thérapie qu’à partir du 18ème siècle dans la littérature médicale.


« L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible. » (Paul Klee)

De nombreux événements, comme la libération des aliénés par Pinel en 1793 à la Salpêtrière (alors devenus de « simples malades »), ou encore l’intérêt des collectionneurs pour les œuvres des malades, ont nourri cette relation entre art et thérapie. Leurs créations n’étaient alors, aux yeux du public, plus une simple expression de leur symptôme, mais bien un moyen d’explorer le monde interne, notion mise en avant avec l’essor de la psychanalyse. Enfin, en 1900 à Londres, eût lieu la première exposition d’art psychopathologique (entrainée par la psychiatrie institutionnelle) : l’art peut donc être envisagé au cœur de la crise. Il s’agit là d’un appel criant à la vie, une invitation à oser exprimer ce qui veut être dit.

Pour autant, les statistiques sur la santé mentale des français sont alarmantes : un tiers ne parleraient pas de leurs troubles psychiques s’ils en avaient (bien qu’un français sur cinq en

souffre), et un quart pensent que consulter un professionnel de santé mentale serait un signe de faiblesse... Mais alors, qu’en est-il de l’expression de la souffrance par la médiation artistique ?

« Sans créativité, pas de vie psychique mais de la survie. » (André Green)


L’art-thérapie est une proposition thérapeutique qui a fait ses preuves dans le temps : elle offre à un large public l’occasion de s’exprimer, de créer et pourquoi pas de guérir en envisageant un futur différent. Cet outil thérapeutique transversal souligne d’ailleurs l’importance pour l’Homme de donner forme à l’invisible qui nous habite, qui nous vit. Il s’agit donc d’une démarche d’accompagnement d’une personne ou d’un groupe, centrée sur l’expression de soi, de ses pensées et de ses conflits à travers un processus de création artistique. Sa spécificité réside dans l’utilisation de nombreux médiums artistiques comme l’art plastique, la musique, le chant, la danse ou encore le théâtre. L’art-thérapie peut donc être adaptée comme médiation, c’est-à-dire comme intermédiaire dans la communication avec un mode de résolution pacifique des conflits internes.


« Nos mots seront toujours mal adaptés à vouloir rendre compte ou essayer de définir ce qui, peut-être, constitue l’essence, la genèse et les aboutissements de la création. »(Stephan Zweig)

Nombreuses furent les figures ayant frayé le chemin entre art et thérapie. Nous pouvons par exemple citer Adrian Hill qui fut le premier à employer le terme d’art thérapie, ainsi que le pionnier Hans Prinzhorn avec son ouvrage « Expression de la folie » (1922), ou encore celle considérée comme la mère de l’art-thérapie : Margaret Naumburg. De plus, l’art brut et les « ateliers occupationnels » ont aidé à développer et à populariser l’art singulier ainsi que le processus de création. Car si en séance d’art thérapie, on tient compte de ce qui est représenté, des associations, des remémorations ou encore des affects, il est évident pour l’intervenante que l’art n’est pas thérapeutique en soi ; c’est le processus qui soigne (sinon, tous les artistes iraient bien !). Nous pouvons maintenant nous questionner : comment s’organise une séance d’art thérapie ?


« Ce que le groupe rend malade, le groupe peut le guérir. » (Moffatt)

L’approche de notre intervenante se nomme l’art thérapie co-créative. Fondée sur une approche humaniste, elle s’appuie sur le postulat suivant : « ce qui apparaît est prêt à être lâché ». Cela signifie que le travail de transformation en devenir s’appuie sur les symboles : le monde symbolique est en perpétuel mouvement, comme la psyché. Cette approche propose une lecture analogique des productions et des événements dans un contexte individuel, comme miroirs de notre monde intérieur. Réalisés seul ou en groupe, en présentiel ou en ligne, ces sessions comportent trois invariants : en premier lieu la présence du médiateur, ensuite la mise en place d’un processus créatif, et enfin le mode d’expression médiatisé. Comme souligné par Jung : « l’interprétation hâtive tue le pouvoir de l’image », c’est-à-dire qu’il faut laisser le plus d’espace possible à la personne qui s’exprime. Car lui laisser de la place, c’est laisser la place à son vécu et à sa subjectivité.

Enfin, si cet outil thérapeutique se fonde sur la création, il n’y est pour autant pas nécessaire de savoir dessiner : il faut savoir s’exprimer ! En cela, ce qui peut affaiblir l’aspect thérapeutique est l’idée de productivité, de compétitivité, de performance et d’esthétisme. Il est donc essentiel de rappeler que l’expression qui sort de nous est plus subtile qu’une simple production ! Ainsi, de la crise peut naître quelque chose de beau et délicat, au sens thérapeutique et humain.

Commentaires


bottom of page