Les violences morales et psychologiques - Erika Zamora
- EMMA RUSSO
- 20 févr.
- 4 min de lecture
Cette conférence sur les violences morales et psychologiques nous a été présentée par
la psychologue Erika Zamora le 10 février dernier. Cette présentation, en association avec
l’AJC, nous a permis de mieux déceler et identifier les mécanismes, les conséquences ainsi que les modalités d’accompagnement des victimes.
L’AJC est une association fondée en 1999 par Chantal Paoli Texier, dont l’objectif
principal est de défendre les droits des victimes de violences. Fondée sur un besoin de solidarit et une demande sociale importante, elle a notamment mis en place une cellule d’écoute et propose un accueil et un accompagnement individualisé. Afin de comprendre au mieux les différentes formes de violences non physiques, l’AJC sensibilise et fait de la prévention sur lesprocessus d’emprise et de domination, offrant peu à peu davantage de visibilité et de légitimité à la souffrance associée au vécu des victimes.
Les études de 2000-2010 ont permis une remarquable évolution quant à la conception
de la violence : désormais, les violences morales et psychologiques sont enfin reconnues
comme des atteintes individuelles, au même titre que les violences physiques. Les attitudes et comportements provocant l’humiliation, les menaces ou encore le chantage sont donc, à partir des années 2000, reconnues et punissables. Plusieurs dimensions composent la violence morale : la violence psychologique (propos et attitudes portant atteinte à la dignité), la manipulation (stratégies qui visent à mettre l’autre en état d’infériorité et de soumission), et
enfin le harcèlement (le fait que ces comportements soient répétés et qu’ils portent atteinte à la vie privée de l’individu). Bien tristement, ces violences passent bien souvent sous les radars : intimidation, rejet, pression, corruption, intrusion dans la sphère privée, etc.
Certains profils, du côté des auteurs de violences, sont assez récurrents ; ces derniers
sont marqués par le contrôle coercitif et le gaslighting : cette stratégie de manipulation consiste à faire douter la victime de sa valeur en lui donnant beaucoup d’attention au début, puis en la rejetant. La victime, quant à elle, subit des contraintes et des privations constantes, laissantplace à un isolement progressif de son cercle social et familial.
L’intervenante nous a également présenté des chiffres alarmants : 8 femmes sur 10 déclarent subir des dommages psychologiques importants, tandis que seulement 16 % des victimes de violences conjugales déposent plainte. De plus, près de la moitié des affaires n’aboutissent pas. C’est en cela que l’association repose son travail sur le décodage des comportements et des interactions : cette analyse clinique considère à la fois la construction de l’individu, le transgénérationnel, les interactions relationnelles, ainsi que le diagnostic du lien. De plus, certains outils et indices peuvent être utiles en tant que professionnel dans ce
genre de structure et association : il est alors essentiel de repérer les éléments biographiques
significatifs ainsi que la ligne de vie de la victime (son enfance, des relations précipitées, etc.).
Bien souvent, les violences s’inscrivent dans des pyramides de domination, où la relation
asymétrique devient normalisée. La violence est banalisée, ce qui peut entraîner de
l’hypervigilance, de la peur et de la méfiance, et ce d’autant plus lorsqu’il y a un ou des enfants dans l’équation relationnelle. Ces derniers peuvent alors présenter des signes de souffrance psychique et de somatisation. Cela a un réel impact sur leur développement relationnel et leurs modèles d’attachement.
L’AJC, toujours dans une perspective de redonner sens à l’individu et son
développement personnel, utilise en guise de métaphore l’image de la bougie : en effet, bien
que la lumière brûle, elle nous attire. On s’y rapproche, car l’ombre nous fait peur ; alors, la
personne doute, son égo est blessé, et l’individu rentre ainsi dans une spirale infernale. Face à cela, l’intervenante nous présente le processus d’individuation, en cinq phases : tout d’abord, l’accommodation (la survie), puis la prise de conscience (rencontre avec l’ombre), ensuite le face-à-face (la construction du Moi), et enfin l’intégration de la lumière (harmonie), pour arriver au plus proche de la réalisation de soi (notion de transcendance des approches humanistes). Les travaux de Tobie Nathan décrivent avec finesse la captation de l’autre, étape finale d’une emprise déshumanisante.
Fondée sur une effraction psychique, cette emprise prend place insidieusement, avec comme stratégie un masque de séduction. Muriel Salmona nomme ce masque le « brouillard toxique » : il cache derrière lui la spirale émotionnelle dangereuse,
enfermant la victime dans une relation de dépendance. Ces violences morales et psychologiques entraînent fréquemment des traumatismes : marquée par la sidération, nous pouvons observer chez la victime une modification de son système de croyances, avec des pensées automatiques de culpabilité, de sacrifice et d’effacement de soi. Les conséquences incluent la honte, la peur, la perte d’estime de soi, la somatisation et l’isolement.
Enfin, pour accompagner au mieux les victimes de violences, l’AJC proposent diverses
thérapies reposant sur les thérapies comportementales et cognitives, l’EMDR, l’ICV, les
thérapies psychocorporelles et systémiques. Y sont également proposés des dispositifs
complémentaires tels que des groupes de parole, des ateliers, de la préparation aux audiencesainsi que des retraites immersives.
Cette conférence nous a permis de mieux identifier la complexité et la gravité des violences
morales et psychologiques. Ces violences, souvent invisibles et profondément destructrices,
doivent être repérées au plus vite afin de pouvoir proposer un travail clinique individualisé pour la victime. Enfin, n’oublions pas de rester attentifs autour de nous car, tristement, la victime dans le déni n’arrive pas à l’association par elle-même : c’est en trouvant un confort dans l’inconfort que nous finissons par accepter l’intolérable, parfois jusqu’au point de non-retour.
Par Maureen Guez




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