Transidentité - Alex Pérot
- EPPro Paris
- 9 nov. 2025
- 6 min de lecture
La conférence du 5 novembre représente un grand pas pour l’Ep’Pro, car c’est la première conférence animée par un étudiant de l’Ecole de Psychologues Praticiens, et plus particulièrement de notre association, ce dont nous sommes très fiers. Elle porte sur le sujet de la transidentité, et est présentée par Alex, du pôle conférence et de PRISM.
Si les notions de genre, de sexe, d’attirance et d’expression sont des points d'interrogations qui suscitent beaucoup de questionnements pour grand nombre, nous pouvons affirmer que la question de l’identité réside avant tout dans l’enjeu suivant : celui de trouver sa place, autant en société et face aux autres que face à soi-même.
Alex nous propose de présenter quelques définitions autour de la transidentité, et de discuter autour des difficultés que peuvent rencontrer les personnes trans, ainsi que la prise en charge que nous pouvons mettre en place en tant que futurs psychologues.
La transidentité (du latin trans, signifiant au-delà) désigne la différence entre le genre assigné à la naissance et le genre ressenti, et le fait d’aller vers l’avant pour changer son expression de genre. On utilise le terme “transgenre” pour qualifier toutes les personnes qui se sentent différentes de leur genre assigné.
Le terme cisgenre (du latin cis : de ce côté-ci) est celui utilisé pour évoquer les personnes en accord avec leur genre assigné.
La question du sexe et du genre est naturellement compliquée : le sexe est assigné à la naissance, généralement garçon, ou fille, en fonction de la génétique (le gène SRY codant pour la production de testostérone), mais il existe aussi des personnes intersexes, ne rentrant pas dans cette binarité. Ces personnes peuvent subir des mutilations de leurs organes génitaux à la naissance pour rentrer dans la conformité de la binarité du genre. L’intersexualité n’est pas si rare ; elle concerne 1/12 de la population, ce qui correspond à la proportion de personnes rousses dans la population, souligne même Alex.
En outre, il existe également le phénotype, qui sont les traits observables de chaque personne, secondaire au sexe. Concernant celui-ci, on peut évoquer le cas d’Imane Khélif, boxeuse de l’équipe d’Algérie pendant les JO de 2024, victime de harcèlement en ligne l’accusant d’être transgenre en pointant du doigt son hyperandrogynie. La presse a pu ainsi critiquer son apparence, dans une forme de polémiques confuses mélangeant critique sur son apparence et accusation d’un potentiel changement de genre. On voit ainsi à quel point certaines personnes peuvent se méprendre sur l’expression du genre, qui appartient à chacun, phénotype, et genre.
Le genre est un terme inventé par la communauté scientifique internationale pour désigner le ressenti propre d’un individu relatif à son identité. C’est une construction sociale, la dimension socio-culturelle associée à un sexe. L’expression de genre est le genre affiché socialement (notamment par les vêtements, l’apparence physique), ce qui permet à notre entourage de nous situer dans une “catégorie” de genre.
Selon Alex, c’est un terme encore flou, parfois représenté sous la forme d’un spectre, bi-dimensionnel, avec hommes d’un côté (y compris les hommes trans) et femmes de l’autre
(y compris les femmes transgenres également), où les individus pourraient se situer plus ou moins d’un côté ou de l’autre selon l’identité qui leur est propre. On peut aussi représenter le genre sous la forme d’une nébuleuse, avec un plus grand nombre de dimensions, et des milliards de possibilités.
On peut aussi évoquer l’attirance sexuelle et romantique, pour les deux longtemps associés à un genre ou l’autre selon les personnes par lesquelles on serait attiré romantiquement et sexuellement. Ainsi, selon certaines conventions sociales aujourd’hui heureusement abolies dans notre société, pendant longtemps, appartenir à un sexe défini était associé au fait d’être attiré par l’autre. Cela faisait notamment partie de l’expression du genre.
Il est important de souligner que l’attirance romantique et celle sexuelle peuvent être dissociées.
Alex aborde ensuite les différents types de transition possibles :
· - transitions sociales : fait que l’entourage reconnaisse l’identité de genre de la
personne transgenre
· - transitions administratives : fait de changer l’état civil sur les documents officiels
· - transitions médicales : fait de modifier ses caractéristiques physiques/physiologiques
(pilosité, voix ...) par le biais de traitements hormonaux, bloqueurs de puberté ...
· - transitions chirurgicales : opérations chirurgicales variées, comme hystérectomies,
vaginoplasties ...
Il est évidemment possible que des personnes trans ne veulent pas faire tous ces changements, cela dépend des personnes, qui peuvent effectuer certaines de ces transitions mais pas forcément toutes. Au niveau de l’état civil, les juges décident si une personne peut changer d’état civil, et ils le font sur dossier à monter et évaluation et jury. Cependant, le changement de prénom est décorrélé de l’état civil, et peut se faire plus facilement, mettant ainsi le nom d’usage partout sur les documents à la place du deadname.
Alex évoque ensuite le vécu physique et psychologique des personnes transgenres. En France, 3% de personnes ne se considèrent pas comme cisgenre, même si ce nombre pourrait être plus haut, car certaines personnes, au vu de la stigmatisation existant encore, pourraient ne pas se sentir libres d’en parler.70% des personnes commençant une transition médicale ont entre 18 et 35 ans.
Il existe une importante vulnérabilité médicale concernant les personnes trans. On note par exemple une prévalence plus importante d’IST (10%), notamment le VIH, touchant plus les femmes trans. En effet, celles-ci sont plus touchées par la précarité et certaines ont recours au travail du sexe. On remarque aussi une difficulté d’accès aux soins : 50% des personnes trans ont déjà rencontré des problèmes lors de leur accès au soin, ce qui mène ces individus à ne plus consulter et ainsi à un phénomène d’auto-médication, et donc de mise en danger.
Au niveau social, la transphobie met la santé scolaire des mineurs en danger, pouvant entraîner un décrochage scolaire suite à du harcèlement (violences physiques, psychiques, discriminations ...). Plus tard, cela entraîne de la précarité matérielle et
financière : 40% des personnes trans sont ou ont été sans domicile fixe, et 11% ont fait l’expérience de vivre à la rue, ou le sont encore.
En réponse à ces données alarmantes, il existe également une vulnérabilité psychologique : les troubles de l’humeur sont accrus, on note une sur-suicidalité (45% d’idées suicidaires contre 12% pour les personnes cis). Les troubles anxieux sont également décuplés.
Ces statistiques et constats ne sont qu’une infime représentation du combat des personnes trans. Alex nous a exposé avec courage son vécu subjectif, et défini la dysphorie de genre ainsi : « c’est le fait de se penser et de s’entendre être appelé, sans pour autant se reconnaître ou que cela s’accorde à ce que l’on voit dans le miroir, face à soi-même ». En effet, pour lui, « la timidité, c’est notre corps ». Ce témoignage, bien que purement personnel, peut déjà paraître plus concret que la définition que s’en fait le DSM qui fonctionne de façon binaire (ce qui, comme vu précédemment, peut être réducteur !) et parle d’« incompatibilité » entre le genre et le sexe assigné à la naissance. Il y est également mentionné le terme « conviction », terme que l’on retrouve dans la définition de la psychose. En effet, la dysphorie de genre a longtemps été considérée comme pathologique, jusqu’en 2010 où la transidentité a été enlevée du champ des maladies mentales et perversions. Désormais, nous parlerons davantage de ressentis viscéraux : on touche ici à l’identité profonde de la personne.
« On a une envie d’être, mais un corps qui ne nous appartient pas. » : ces mots de l’intervenant marquent une grande ambivalence entre la pulsion de vie et le frein du corps. Mais nous pouvons tous aider à notre niveau les personnes trans autour de nous, notamment en les nommant par leur prénom d’usage, ou en utilisant les pronoms adaptés. Ces efforts sont à faire, et non seulement à considérer : cela sauve véritablement des vies. Heureusement, certaines associations comme « Le Refuge » en sont conscientes, assurant ainsi un lieu sécurisant pour cette communauté.
Alex nous a invité à partager nos idées concernant la prise en charge clinique de personnes transgenres : il s’agit de réfléchir à notre conception de la norme, se sensibiliser à ce que nous ne connaissons pas. En effet, une personne transgenre, selon l’intervenant, “remet en question le cadre, qu’en tant que futurs psychologues, nous savons être rassurant, contenant, du binaire”. Il faut se sensibiliser également aux problématiques sociales et psychologiques que peuvent rencontrer un public transgenre : les violences intrafamiliales, les ruptures de liens familiaux, les symptômes dépressifs sont à repérer et à prendre en charge, ainsi que la souffrance associée à la dysphorie de genre.
Enfin, rappelons en guise de conclusion qu’être trans ne s’accompagne pas non plus que de souffrance, même s’il est important d’être sensibilisé aux enjeux de l’identité trans. Être trans est une force, une joie, peut élargir le regard porté sur le monde par ses proches, remettre en question la binarité. Comme le dit un élève dans le public, “cela rend les gens plus libres”. Ce n’est donc pas qu’un risque. Être une personne transgenre, ou au sens plus général « atypique », c’est aussi une richesse dont on peut être fier et ce, d’autant plus lorsque l’on considère le courage nécessaire pour traverser toutes ces épreuves.
Maureen et Romane




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