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Comment devenir auteur et acteur de sa vie grâce à l'approche narrative - Isabelle Levasseur

  • 29 juil. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 août 2025

L’intervenante, Isabelle Levasseur, est professeure à l’EPP en PrépaPsy, et a exercé

en RH ainsi qu’en clinique. Elle organise des ateliers autour de l’approche narrative et est

coach systémicienne.

L’approche narrative est née dans les années 1990 en Australie, suite à la rencontre de

Michael White, travailleur social, passionné par la question du soutien face à la souffrance et

la maladie, et de David Epston, également travailleur social mais aussi enseignant en

psychologie en université. Les recherches conceptuelles issues de leur rencontre vont

entraîner des théories, puis des formations, qui ne concernent pas seulement la

psychothérapie, mais aussi plusieurs domaines et métiers, comme dans le domaine social,

celui de l’accompagnement des personnes, de la santé, du coaching, de l’éducation.

Aujourd’hui, c’est une pratique très présente en Amérique du Nord, qu’exercent des

travailleurs sociaux, des éducateurs, des journalistes ...

Elle est premièrement appelée thérapie narrative, et a pris naissance auprès de patients

schizophrènes, de familles affectées par des violences conjugales et intrafamiliales, et

concerne l’accompagnement de communautés souffrantes, dont notamment des populations

natives australiennes, avec des problématiques de discrimination, de souffrance,

d’alcoolisme.

La théorie de l’approche narrative prend ses influences dans l’approche systémique de

Bateson, rejoignant l’idée que le problème doit être externalisé, ainsi que la psychologie

sociale, et notamment le constructionnisme social de Gergen, invitant à redevenir auteur de

sa vie. A l’époque, de nouvelles réflexions et critiques émergent à propos de la thérapie

centrée sur la personne, qui serait dénuée et isolée de son environnement, et présenterait

ainsi de fortes limites. Les relations de l’individu, le contexte social, politique, historique, et

familial, sont des éléments déterminants dans les difficultés, et les capacités de résistance

que la personne trouve dans sa vie. Les thérapies brèves, issues du courant post-moderne,

viennent déconstruire les idées classiques. Ces nouvelles formes de thérapie prennent

compte de l’importance de la relation à l’autre : on y retrouve l’approche narrative un peu

plus tard. On voit donc également l’influence philosophique de Deleuze, Foucault, Ricoeur,

avec la notion de pouvoir moderne, et d’identité mouvante, socialement construite.

Ainsi, on aboutit à l’approche narrative, dont le but est de redonner du sens à sa vie, de

trouver des manières de vivre sa vie en adéquation avec ses valeurs, et d’aider à lutter

contre les difficultés. L’approche narrative postule qu’on n’est pas enfermé dans un carcan

structurellement figé.


1. Conception narrative de la vie

Premièrement, la vie est vue comme une conception, avec des histoires dominantes et

réductrices, et des histoires alternatives et soutenantes. Cette théorie s’appuie sur la

métaphore littéraire d’un récit de soi, dans un monde fait d’objets et de faits réels, mais aussi

de représentations, d’interprétations (dont le langage, comme le dit Piaget) : les mots et le

langage donnent sens à ce qui nous arrive, car nous sommes par essence des êtres

d’interprétation. L’intervenante nous dit que les humains sont toujours dans l’interprétation

des éléments : ils ont besoin de donner du sens, de créer des liens entre tout ce qui nous

arrive. On finit par prendre ce sens, ces liens pour innés, comme s’ils n’avaient pas été

créés par nous-mêmes. On peut par exemple parler de différents éléments dans la vie d’une

personne : si celle-ci a fait une chute de vélo à 3 ans, est tombée en faisant du ski à 7 ans, a

glissé en jouant à la corde à sauter à 10 ans, cette personne va commencer à raconter

qu’elle est maladroite, ce qui est soutenu par l’environnement, par des remarques de la

famille ... Au fur et à mesure, cette personne va se raccrocher à cette interprétation, qui va

devenir réalité, relayée par les normes à l'œuvre, les relations, les proches, et va s’enrichir,

risquant d’empêcher la personne de faire de nouvelles choses (“Je ne vais pas tenter

d’escalade, j’ai toujours été maladroite et cela ne va pas me réussir”. Ces récits peuvent être

enfermants et soutenants à la fois (“je suis une bonne clinicienne”) : ce sont des histoires

identitaires étroites. Certains éléments ne sont pas gardés en mémoire car ils ne

correspondent pas à la narration : le récit en devient réducteur. On laisse dans l’ombre des

moments où notre personnalité, les événements se produisant, ne rentrent pas dans cette

interprétation. Ces histoires dominantes ne sont pas vues consciemment par la personne.

Les conclusions tirées à partir des interprétations orientent les actions dans un certain sens,

vont orienter les initiatives et ainsi le futur de la personne.

L’approche narrative n’a pas pour but de plaquer un autre récit à la place, mais à faire en

sorte que l’individu ne soit pas englué par la vision qu’il a le son histoire, sans jamais voir les

évènements qui en diffèrent, les exceptions, ce qui a été simplifié et écarté, mis dans

l’ombre. On y voit l’influence de la psychologie sociale, avec les explications causales (“le

jour où j’ai réussi telle chose que je ne suis normalement pas capable de faire, c’était autre

chose, comme le hasard, qui est entré en jeu → explication causale”). Michael White posait

l’hypothèse que certains récits dominent tellement que la personne n’a plus d’espace pour

penser et agir autrement alors que d’autres conceptions sont plus aidantes et soutenantes.

Ainsi, l’approche narrative va consister a on va essayer en tant que personne aidante à

reformuler, revoir, explorer les épisodes non vus, le royaume des possibles, les événements

qu’on a pas enregistrés, les expériences mises de côté et donc intention = retrouver des

possibilités de choix, pouvoir se vivre davantage auteur de sa propre vie.

2. Externalisation des problèmes

Lorsqu’on rencontre des problèmes, on peut penser qu’ils sont inhérents à nos vies, qu’ils

sont le reflet de notre vie, de notre personnalité (“c’est normal, c’est mon histoire”). On est

amenés à croire que le problème est inhérent à notre Moi ou à ceux des autres, et on finit

par croire qu’on est un mauvais psychologue, un mauvais parent ... Comment réduire le

problème sans s’attaquer nous-mêmes ? On va donc accompagner les personnes en les

amenant à se représenter concrètement le problème, à le personnifier, et considérer que le


problème est extérieur à la personne, à la façon dont elle veut vivre sa vie. En approche

narrative; les aspects concrets des problèmes montrent que les individus n’ont jamais intérêt

à souffrir, il n’y a pas de bénéfices secondaires, et les personnes qui viennent en thérapie

n’ont aucun intérêt à souffrir.

La personne est distincte du problème, il faut interroger le problème comme extérieur :

comment la psychorigidité, la maladresse, s’est-elle infiltrée dans notre vie ? Cette approche

aide à trouver des solutions, des moyens de contourner le problème, être plus collaboratif et

moins destructeur.

On n'ôte pas la responsabilité pour autant; on tente de voir au-delà. L’enfant TDAH ou TSA

est étiqueté avec son diagnostic et ne voit pas d’ouvertures, le diagnostic peut se montrer

parfois aidant, parfois enfermant, limitant, et on ne peut plus rien faire qu’exister dans ce

mot, et ne pas voir ailleurs.

On peut poser des questions externalisantes, comme “qu’est-ce que la colère vous fait faire

que vous préféreriez ne pas faire ?“ “quels sont les effets que la colère a sur vos relations,

qu’est-ce que la colère modifie de l’image de vous avez de vous-mêmes, de votre confiance

en vous ?“ Il faut prendre conscience du rôle de la colère dans sa vie et donc prendre

position, on ne cherche plus à savoir qui est responsable mais on va coopérer pour

surmonter le problème et trouver des stratégies d’alliance. Il s'agit de sortir d'un monde figé,

statique. Les cartes narratives de Michael White montrent pleins de cas cliniques de

thérapie narrative avec des “conversations” d’externalisation.

3. Thérapie narrative

Elle s’inscrit dans la mouvance des approches collaboratives et relationnelles (contraire à la

théorie qu’un expert sait mieux que le patient), c'est une thérapie brève qui suppose que

c’est dans la relation et collaboration que la personne trouve des moyens. Le patient est le

meilleur expert et on va juste l’aider à lui trouver l’accès à des conceptions positives et

soutenantes de la vie.

On doit trouver les questions les plus puissantes qui vont permettre à la personne d’évaluer,

d’enrichir sa vision de ses expériences sous différentes facettes, et permettre à la personne

de faire une revisite de sa vie. Le thérapeute n'émet pas de reformulations, parle presque en

écho. On utilise des “conversations narratives”, des cartes et voyages familiaux,

cartographie des conversations avec pas un unique chemin mais des directions. On engage

des conversations ni pour pathologiser, ni culpabiliser, ni enfermer, ni corriger, le thérapeute

n’impose pas ses propres visions du monde. Ce sont des documentations narratives.

Michael White déclare que “la position du praticien consiste à aider les gens en restant

derrière au lieu de passer devant”.

L'approche narrative a été utilisée pour des communautés mémorielles comme pour

l’Holocauste, le génocide au Rwanda ...

Il est important de concevoir que l'approche narrative n'a pas pour but d'évincer la

responsabilité de la personne mais de ne pas voir le problème comme identitaire, et donc

que la personne ne fasse rien pour changer ça.


Nous avons enfin fait un exercice de pratique en binôme pour faire l'expérience de

l'approche narrative, agrémenté de questions graduelles portant sur la présentation de

l'intervenante comme “En choisissant de venir à cette conférence, quelles étaient tes

intentions, vos buts ?“ “Pensez-vous que ces intentions sont révélatrices de valeurs

importantes pour toi ? Quelles sont-elles ?“, en sorte de mécanique fine montant d'un cran à

chaque fois, permettant de se projeter dans ses valeurs, mais en les reliant à sa vie

concrète. Nous nous sommes rendues compte qu'il était presque automatique d'anticiper les

réponses à la place de l'autre, et qu'en partant de ce sujet, il était facile d'élaborer

rapidement à partir des questions.

Recommendations :

Cartes des Pratiques Narratives, Michael White

L’approche narrative collective, David Denborough

Les moyens narratifs au service de la thérapie

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