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Jacqueline Sauvage - Les violences conjugales

  • 28 juil. 2025
  • 15 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août 2025

Film : Jacqueline Sauvage : c’était lui ou moi de Yves Rénier (2018)

Intervenante : Julie DUFROU : Psychologue clinicienne en milieu carcéral


LE FILM

A 17 ans, Jacqueline épouse Norbert Marot, déjà enceinte, sous les yeux

désapprobateurs de sa famille. En 2012, après 47 ans de violences perpétuées sur elle et

sur ses enfants, elle le tue de trois coups de feu. Accusée du meurtre de son mari, l’affaire

prend de l’ampleur et devient significative dans la médiatisation des violences conjugales.

LA CONFÉRENCE

“Te taire et encaisser, tu as fait ça toute ta vie” lui dit la fille de Jacqueline Sauvage

au moment de faire appel après avoir pris une sentence de 10 ans. Jacqueline avait confié

sa peur d’encore partager son récit devant des personnes ne la croyant pas à la suite du

premier procès.Cette citation témoigne du traitement que reçoivent les victimes de violences

conjugales, notamment dûes à l’incompréhension des regards extérieurs concernant

pourquoi une femme victime reste en relation avec son agresseur. Cela pose donc la

question de la notion d’emprise, que nous avons étudiée à l’aide de Julie Dufrou durant ce

Cinépsy.


DEFINITION DE L’EMPRISE :

- Relation duelle, rapport entre 2 personnes où l’une prend possession de l’autre, envahit

son espace. C’est un mouvement insidieux, qui peut même parfois être inconscient du

côté de l’auteur selon les profils, et surtout inconscient chez la victime, qui se rend

compte trop tard de l’emprise.

- Il y a une prise sur le psychisme de l’autre. Il y a une absorption de l’autre, les victimes

disent parfois qu’elles ne savent plus qui elles sont sans l’agresseur, qu’elles ne se

reconnaissent plus par rapport aux personnes qu’elles étaient avant la relation.

- Neutralisation des besoins, des croyances, et des désirs de l’autre

- Mise sous influence, sous contrôle

- Réduction d’objet : quand les victimes sortent de l’emprise, elles ne savent plus qui elles

sont, l’image d’elle-même ne correspond plus à celle d’aujourd’hui.


LE CYCLE DE LA VIOLENCE :

Il existe une modélisation fréquente des étapes dans le cadre de violences conjugales :


Phase 1 : tensions, conflits -> ce qui mène à la phase 2 : l’explosion de la violence -> vient

ensuite la phase 3 : de justification, avec parfois des excuses, et/ou avec un cadeau. Et

enfin la phase 4 : La lune de miel : tout redevient comme avant, tout se passe bien. La

phase lune de miel participe au maintien de l’emprise, après le mauvais, cette phase fait

oublier la victime, se replonge dans la beauté de la relation et fait perdre la conscience des

choses.

Il existe différentes formes de violences : psychologique, verbale, sociale, économique,

sexuelle, physique, et le féminicide/ suicide.

Lorsqu’il y a des violences psychologiques, cela peut être par des insultes, et des

humiliations, mais aussi de manière plus insidieuse en cassant la personne par exemple.

- POURQUOI S’Y INTERESSER ?

Le film Jacqueline Sauvage le montre, que les violences conjugales sont très mal comprises

et connues. Les institutions comme au sein de la justice, les gendarmes, les policiers, etc.

ne sont pas forcément bien formés. Beaucoup se disent « Pourquoi elle n’est pas partie ? ».

On ne comprend pas la victime et on a donc des difficultés à être dans l’empathie, ce qui

peut amener à une culpabilisation de la victime. Or il est très important que les victimes se

sentent entendues. Plus la victime est bien accueillie par exemple à la gendarmerie, plus

elle reviendra. Il a été montré que lorsqu’on arrive sur les lieux d’un accident le premier

contact est souvent le plus important pour déterminer le fait de revenir se faire aider. De

plus, on considère qu’il fait 6 tentatives pour une femme victime de violences conjugales

avant de partir définitivement.

CARACTERISTIQUES DE L’EMPRISE:

- Comment elle se met en place et perdure au sein du couple ?


On peut distinguer 3 phases/ étapes principales selon Roger Dorey, 1981 (même si chaque

relation est différente) :

1. La phase d’appropriation :

Concerne le début de relation : jeu de séduction, particularité qu’on va avoir une phase de

love bombing. Il y a une fusion relationnelle : beaucoup de messages, d’appels, les deux

individus se voient très souvent, etc. Une sorte de dépendance se crée, avec souvent du

manque lors des séparations. La relation prend de la place dans la vie de la personne. Cette

phase joue un rôle important pour la suite.

Dans une relation saine, on s’investit dans tous les domaines (amis, famille, loisirs, travail,

couple, etc). Au contraire dans une relation avec emprise, l’auteur de l’emprise investit dans

toutes les sphères de la vie de l’autre, il l’emprisonne, et le coupe des autres domaines.

Un peu après, commencent les comportements de chaud-froid. C’est-à-dire qu’après avoir

été à fond dans la relation, très présent pour l’autre, avoir partagé des moments charnels, et

vécu la relation avec intensité, l’auteur de l’emprise commence à être plus distant. Il lui écrit

moins, commence à critiquer ce que l’autre fait, qui il voit, etc. Au début, l’auteur se justifie

tout de suite. La victime ne se dit pas tout de suite qu’il y a un problème.

L’image de l’autre au début est importante, car la victime n’arrive pas à connecter quand

l’autre devient violent, « je ne le connais pas comme ça ». => Clivage puissant entre les 2.

On voit notamment dans le film quelques scènes de lune de miel (scène à vélo, cadeaux du

mari aux enfants ...) qui servent à nous illustrer la personnalité que peut parfois avoir

l’agresseur et qui créent un contraste avec la violence, et ainsi provoquent la confusion de la

victime.

2. La dépossession

Au fur et à mesure des moments chauds-froids, la victime va s’adapter à l’autre. Elle module

son comportement, ne se rend pas compte qu’il a déjà une emprise. Elle va agir par

anticipation pour le satisfaire, pour éviter les critiques et les violences. Il y a une

dépossession de ses besoins pour les besoins et désirs de l’autre. C’est déjà dans une

forme de dépossession car il y a une perte de libre arbitre : déposséder pour mieux

contrôler. La victime s’enferme dans la justification, et passe son temps et son énergie à

trouver des explications à une situation qui n’en a pas, elle s’enfonce dans la négociation.

Les études scientifiques montrent une atteinte cognitive chez la victime à force d’être dans

la peur, et l’angoisse. Elles ne prennent plus de décisions par elles-mêmes.

Désinvestissement des autres sphères de vie, éloignement : Il y a une dépossession de

l’entourage ; exclusion par l’auteur, qui va critiquer l’entourage, les amis, la famille, et lui

faire croire que les autres lui veulent du mal. La victime ne s’alarme au début pas trop et au

fur et à mesure s’ancre dans cette idée-là. Les amis peuvent eux-aussi s’éloigner car après

maintes tentatives de l’aider, la personne retourne vers l’auteur. Celui-ci a pour objectif de la

garder pour lui. La victime est surinvestie dans la relation, et s’éloigne peu à peu de ceux

qu’elle aime, et est persuadée que c’est sa décision. Il y a donc une exclusion importante de

la victime par rapport à ses proches, qui arrêtent de parler à la victime, se sentant

impuissants.

Perte du sentiment de soi, et de l’estime de soi : La victime est enfermée psychiquement,

même si elle voit sa famille et amis. « Je l’ai dans la peau » dit Jacqueline dans le film. Elle

n’a plus rien à part lui : le « sans moi t’existes pas » s’ancre en elle et entraîne une perte de

son identité, et partir devient impossible car c’est une question de survie psychique, puisque

la victime ne vit que par lui. C’est justement intéressant que lorsque Jacqueline finit par tuer

son mari, elle révèle au procès qu’elle a eu un instant de réalisation sur le fait que c’était “lui

ou moi” : elle tire une conclusion momentanée qui lui sert à reprendre conscience de son

identité en tant que personne seule et pas juste liée à Norbert.

3. La domination/ soumission

La domination est présente dès le début, et s’accentue par les violences : psychologiques,

physiques et/ sexuelles. Elle peut prendre la forme de manipulations, de mensonges, de

retournements de situations (par exemple pour l’infidélité), d’attaques à son intégrité et à son

intelligence, de dévalorisations, de rabaissements, de menaces, de chantage. Cette

domination peut être sur la victime et sur les enfants s’il y a.

- Inégalité dans le rapport de force : il y a le dominant et le dominé.

- Augmentation de la fréquence des conflits.

- Culpabilisation de la victime par l’auteur.

- Victimisation de soi par l’auteur (rabaisse la victime, émet des menaces sur elle, ses

enfants, ses proches, ce qui peut représenter un frein au départ de la victime)

- Alternance des phases « lune de miel » qui maintient la dépendance

On compte aussi le viol, que Julie Dufrou considère comme domination absolue de

l’agresseur sur sa victime : l’agresseur déclare que le corps de la victime lui appartient.

CONSEQUENCES POUR LES VICTIMES :

- Fragilité psychique importante qui affecte leur présentation : la fragilité chez les

victimes, notamment devant les institutions. Par exemple, la victime d’emprise peut

mal présenter la situation devant des gendarmes, etc, car fragile alors que l’auteur

présente souvent bien.

- Décalage émotionnel : La victime est fragilisée donc moins crédible, car il y a un

décalage émotionnel entre ce qu’elle dit et l’émotion sur son visage : dissociation

traumatique dans la relation pour survivre. Si elle est envahie par ses émotions, le

cerveau ne survit pas. Elle peut donc raconter des choses graves avec un visage

neutre, et d’un point de vue neurobiologique : l’empathie ne s’active pas chez les

autres si l’émotion n’est pas présente chez la victime dans ce cas, ce qui devient

inévitablement un problème car la victime est vue comme bizarre, troublée,

agressive, voire “hystérique”.

Notamment, les émotions ressurgissent parfois de manière violente, et ce plusieurs temps

après la relation. Il peut y avoir un débordement de rage, ce qui peut évidemment la

desservir.


- Incohérence du discours : pertes de mémoire, confusions (dans le temps, les

victimes ne retiennent pas forcément bien, notamment dans les violences

psychologiques, noter ce qu’il lui dit sinon oublie), pertes de repères

spatio-temporels.

- Ambivalence vis-à-vis de l’auteur : on se demande, pourquoi reste-t-elle ?

Pourquoi ne porte-t-elle pas plainte ? Malgré les violences, il demeure une partie de

la victime qui idéalise l’auteur du aux phases de lune de miel, et elle a aussi de

l’empathie pour l’auteur, elle n’a pas envie qu’il aille en prison. Elles peuvent faire un

premier pas pour s’en détacher puis retour en arrière, rares qu’elles aillent jusqu’au

bout. Les victimes sont souvent non comprises par la justice, ils considèrent que ça

va si la victime ne va pas au bout des démarches. Les victimes peuvent donc être

embrumées par la situation et même minimiser les violences commises sur elles.

POURQUOI LA VICTIME NE PART PAS ?: Pour partir, il faut pour la victime :

- la conscience qu’elle subit quelque chose, et de la gravité de ce qu’elle vit. Du fait de

la culpabilisation par l’auteur, la victime finit par être persuadée elle-même que c’est

de sa faute et donc se sent illégitime.

Ainsi, on retient les critères suivants intervenant dans le fait que la victime ne parte pas :

- Dépendance psychologique liée à l’emprise : la victime pense qu’elle n’existe que

par lui, dépendance affective à force de la fusion. Peur de se séparer de l’autre.

- Plus de libre-arbitre de la part de la victime, qui perd son jugement critique vis-à-vis

de la relation et de l’agresseur

- Peur des conséquences : sur ses proches, elle.

- Dépendance matérielle : beaucoup de cas où l’homme travaille, si la femme part

seule avec ses enfants, elle se retrouve sans travail, n’a plus son entourage, et peut

être en difficulté financières. Les victimes ont du mal à trouver refuge.

- L’espoir lié aux phases de lune de miel : à ne pas minimiser, «il va peut-être

changer» le fait de le connaitre l’autre sous un autre angle : gentil, cadeau,

complicité, souvenirs du début. S’accroche à ses débuts en espérant que la relation

redevienne comme avant.

SORTIR DE L’EMPRISE :

- Déclic : différent selon les victimes. Il peut arriver quand l’auteur s’en prend aux

enfants par ex, où le jour elle allait mourir (dans le film, Jacqueline se dit “c’est lui ou

moi”). Cela peut donc être le moment où la victime se dit que les choses sont allées

trop loin.

- Nécessité de prise de recul : essentiel pour sortir de la relation, il faut une séparation

de l’auteur avec la victime, car quand elle est avec l’agresseur, il est difficile de

prendre du recul. Il faut donc discuter avec des personnes extérieures qui aident à

réaliser le problème (institution, amis, ...). Les victimes ne sont pas capables d’avoir

de l’empathie pour elles-mêmes, mais on peut jouer sur la projection sur une amie,

enfant (empathie envers les autres) pour aider à une prise de distance. Par exemple,

on peut demander à la victime - « comment vous réagiriez si votre amie était en

couple avec un homme du type, comment vous réagiriez ? » à on leur a enlevé


l’empathie poiur elles mais pas les autres, on peut travailler sur ça pour initier la

distance avec l’agresseur

- Soutien de l’entourage : une victime dont l’entourage est parti, qui esr isolée, ne peut

pas appeler les autres : si elle veut partir un jour de la relation, elle n’a plus

personne.

- Le soutien matériel et pratique : associatif principalement

- Quand elle a conscience qu’elle ne peut rien faire pour qu’il change, si elle pense

que c’est de sa faute, elle pense que son comportement peut changer les choses

alors que en réalité, non

PROFIL DES VICTIMES

Toutes les personnes présentant ces caractéristiques ne seront évidemment pas toutes

victimes, c’est uniquement un lien de corrélation et non de causalité, et toute situation est

différente.

Les facteurs de vulnérabilité :

- Insécurité de l’attachement : S’il y a eu rejet des parents, une peur de pas être

aimé, peut avoir vécu un pattern avec du rejet, avec des figures d’attachements qui

ne sont pas aimants, et l’amour est donc associé à la violence dans l’esprit de la

victime. Celle-ci va répéter les schémas violents, par peur de l’abandon et/ou

dépendance affective.

- Hypersensibilité : une forme de sensibilité au vécu de l’autre, et donc à celui de

l’auteur, et une plus grande tendance à se remettre en question.

- Passé traumatique

- Certains traits de personnalité : Personnalité borderline avec clivage vers

l’idéalisation, carence affective, image de soi variable, variations

émotionnelles/humeur plus propices à être victime de violences.

- Posture du sauveur : la victime sent une vulnérabilité, une souffrance chez l’autre,

sent qu’elle est utile pour lui et donc veut le sauver, être essentielle aux yeux de

l’autre. Au moment du départ « je ne peux pas le laisser ».

PROFIL DES AUTEURS:

3 axes majeurs

- Angoisse d’abandon, carences affectives, insécurité de l’attachement : l’auteur

d’emprise a selon l’intervenante autant voire plus d’angoisse que la victime, mais qui

se manifeste différemment. Il y a une peur de perdre l’autre, et la seule façon est de

le posséder, le seul moyen est la fusion, l’appropriation. L’auteur pense en

permanence qu’il risque de perdre l’autre et c’est impossible pour lui. En réponse à

ça, des mesures sont prises pour rendre l’autre dépendant. On pense notamment au

fait que beaucoup de violences démarrent quand il y a un enfant. La naissance

représente un obstacle à la fusion du couple dans l’esprit de l’agresseur et donc les

premiers coups arrivent au début de la première grossesse. L’enfant devient un rival

pour l’auteur. De plus, beaucoup de de meurtres commis par des agresseurs sur leur

conjoint-e ont lieu lors de début de séparation (grossesse, infidélité, jalousie ...)


- Enjeux narcissiques, faible estime de soi : la faible estime de soi de l’agresseur

rend tout en une effraction : « elle rigole avec quelqu’un donc moi je suis nul », “tu

m’as humilié”. Cette faiblesse narcissique entraîne le besoin de s’approprier l’autre

pour se sentir puissant. On retrouve cela aussi beaucoup dans l’énervement : « elle

se fout de ma gueule, elle veut m’écraser » l’auteur perçoit l’autre comme une

menace dont il a besoin de se défendre, il active donc la violence.

Égocentrisme : les auteurs sont désolés des conséquences pour eux-même (enfants partis

par exemple, d’autres désolés de leur emprisonnement). Les agresseurs ne mentionnent

pas les conséquences chez les autres.

On peut aussi évoquer le cas du fameux pervers narcissique : ceux-ci passent pour des

maris parfaits, pères parfaits, vendent l’intérêt de l’enfant, qui sont respectés socialement,

personne ne s’imagine des actes commis par ce genre d’hommes car les violences n’ont

lieu que dans la sphère conjugale, ce qui crée un contraste énorme avec ce que la victime

présente de lui. Julie Dufrou évoque le “overt narcissism” : ces hommes sont du genre à

exercer sciemment l’emprise, doués d’une malveillance voulue et calculée : « mon but était

de l’anéantir, je savais que les violences psy étaient pire, qu’elle suffrirait le plus possible”.

Dans ces cas-là, les psychologues ne doit pas se montrer choqué mas doit tenir sa posture

et investir les raisons de pourquoi ces décisions. Ce sont cependant des profils défensifs par

rapport à la thérapie, qui se braquent beaucoup, qui ne veuillent pas qu’on trouve ses failles.

A l’inverse, on a les covert narcissists : ceux-ci présentent une faible estime d’eux même, se

sentent attaqués pour des sujets semblant ordinaires, peuvent pleurer, accuser la victime “tu

m’as fait ça, je me sens mal”. Ils sont dans la victimisation par manque de compétences

émotionnelles. Ils peuvent ne pas avoir conscience de l’emprise exercée par eux-mêmes sur

la victime.

Difficulté de régulation émotionnelle, défaut de mentalisation, impulsivité : il existe

chez les agresseurs un défaut de mentalisation des conflits, ils se sentent envahis mais

n’élaborent pas cela psychiquement, et donc explosent dans la violence. Cela est dû à un

apprentissage précoce à cause du fait d’avoir vécu cela eux-mêmes, ayant été violentés,

etc. La violence est le seul recours perçu possible. Ils tiendront des propos tels que : « elle

me prend pour un con, je me sens trahie » Il y a une carence d’élaboration psychique.

L’émotion responsable des comportements violents est la colère. Le problème est que la

colère joue sur l’empathie, on n’arrive pas à être empathique en même temps qu’en colère.

La colère ne permet pas aux autres parties du cerveau de produire de l’empathie.

Certains auteurs n’ont pas d’empathie de trait dans leur caractère (qui se développe dans la

première année de vie. D’autres ont de l’empathie cognitive mais pas émotionnelle,

notamment à cause d’une enfance avec des vécus de négligence et de violences). Au

contraire, l’empathie d’état, transitoire, est liée à la colère à un moment donné, par exemple

face à une incapacité à réduire les émotions, ce qui mène à une explosion de colère.

On retrouve d’autres facteurs :

Le psychotraumatisme : Les auteurs souvent ont été victimes de violence ou témoins

durant leur enfance, ou de manière précoce. C’est un facteur de risque énorme, très souvent

victime.


L’apprentissage social : l’ensemble des croyances sur le couple, sur la place des hommes

et femmes. Par exemple, si on part du principe que la femme doit être soumise, alors dès

que l’homme se sent menacé par une femme, il se sentira menacé et humilié. Ce poids de la

société concernant le patriarcat fait que les normes de genre jouent beaucoup. On peut

aussi considérer les croyances sur les violences, la normalisation de la violence vécue

encore une fois précocement. Le milieu socio-culturel peut aussi jouer un rôle dans le fait de

créer ces profils, ou du moins pour normaliser la violence.

Prévalence des troubles de la personnalité :

- Borderline : clivage, et difficulté de gestion des émotions, de problèmes d’égo qui ne

supportent pas l’opposition de leur conjoint. Ils n’exercent pas de la violence sur toutes

les conjointes, mais seulement si une menace est perçue, ce qui mène à une

insécurisation pour l’agresseur. Dans le cas d’une relation avec une personne “prenant

moins de place”, plus sécurisant pour lui donc, il n’y aura pas forcément de violences.

- Narcissique : manque d’estime, domination sur autrui, et absence d’empathie

- Antisociale : les violences ne sont pas que dans le couple, le mépris des règles, le fait

de vouloir être au dessus des lois, la banalisation de la violence sont fréquents

Les auteurs peuvent passer à l’acte lorsqu’ils ont une menace perçue dans le lien qu’ils

entretiennent avec leurs proches (conjoints, enfants). On peut notamment penser à des

passages à l’acte sexuel sur des enfants adolescents grandissant. Les agresseurs pensent

à la sexualité se développant chez leur enfant et pense que ce dernier grandit et ne va plus

lui appartenir. C’est un mode de relation qu’ils ne savent pas concevoir autrement, ils

pensent qu’ils doivent forcément être en domination avec l’autre.


- Sont-ils conscients d’exercer l’emprise sur l’autre ?

Tout dépend du profil : la plupart du temps, ce n’est pas comme ça qu’il le présente.

L’emprise n’est souvent pas réfléchie, anticipée, elle est liée à l’impulsivité. Parfois conscient

au début dans la séduction pour que l’autre soit dépendant, et après dépassé par les

évènements.

PRISE EN CHARGE DES VICTIMES :

Concernant la perte de repères des victimes et l’incohérence de leurs propos, le

psychologue peut donc noter tous les repères afin d’aider les prochaines fois son patient.

Pour les victimes, la prise en charge doit être globale : médicale, psychologique,

psychiatrique, sociale, judiciaire.

En thérapie, la prise en charge dépend du moment de rencontre avec la victime, mais il faut

essayer une stabilisation des émotions, une remobilisation des ressources (qui était-elle

avant ? quelles sont ses passions ?), s’ancrer dans le présent. Il faut retrouver un sentiment

de sécurité. L’estime de soi est également à travailler, notamment à cause de leur conviction

d’être responsable des évènements. On peut aussi prendre en charge le potentiel

psycho-traumatisme (EMDR, ICV, etc.).

PRISE EN CHARGE DES AUTEURS :

Prise en charge groupale : Il peut y avoir des problèmes avec la relation duelle durant les

entretiens avec un auteur de violences conjugales, notamment autour du fait que l’auteur

peut essayer de reproduire le schéma de domination avec le psychologue. Ainsi, une prise

en charge à plusieurs peut permettre de rompre le schéma.

Thérapies individuelles : axes de travail : cependant, dans le cas de thérapies

individuelles, on peut développer l’introspection. En effet, les auteurs sont des personnes qui

n’ont pas l’habitude de se confier, on peut développer la mentalisation leur manquant, et

permettre un accès à l’élaboration psychique, à la mentalisation, et leur éviter de basculer

systématiquement dans la violence lors qu’ils sont frustrés et en colère;

On peut travailler la régulation émotionnelle, notamment autour de la Théorie de l’Esprit,

afin d’élargir le champ de perception des émotions chez autrui et ainsi pouvoir agir de

manière adaptée.

On peut traiter les psycho-traumatismes à l’aide du modèle IFS, de l’EMDR, ICV, etc., avec

les figures d’attachement de l’enfance, le couple étant la première projection des figures

d’attachement.

Il est aussi important de travailler l’estime de soi, de modifier les croyances, d’identifier ses

valeurs et qualités afin de sortir d’une perception de soi très négative, de l’infériorité.

Il faut se rappeler le fait que les auteurs ont une vision biaisée des choses : des relations, de

la violence, des règles, des femmes ... Il faut entendre leurs perceptions et faire de la

restructuration cognitive autour de ces principes et autour de la façon dont ils y réagissent et

reproduisent des schémas de violence autour d’eux.

QUESTIONS :

- Quelle forme prend la violence de l’agresseur lorsqu’elle a lieu sur les enfants ?

Il y a un ascendant évident du fait de l’âge, et la relation d’emprise peut durer très

longtemps, même s’il y a des rébellions parfois. Celles-ci sont dûes au fait que la victime soit

entourée, ait un vie à soi, un travail, une indépendance, et ainsi une possibilité d’envisager

la vie sans l’agresseur.

- La victime peut-elle se rendre compte dès le début qu’il y a des mécanismes

d’emprise ?

Cela peut arriver si elle est bien entourée, et si elle a des connaissances sur le sujet, mais

cela demeure très rare. Cela dépend aussi de la fragilité de l’attachement.

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