Love you to death - Syndrome de Münchhausen
- 29 juil. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 31 août 2025
Cinépsy Love you to death : le Syndrome de Munchausen par procuration (SMPP)
L’intervenant, Eric Binet, professeur à l’Ecole de Psychologues Praticiens et
président de l’Association Francophone du Trauma et de la Dissociation, est l’auteur d’un
livre sur ce sujet, et nous a parlé de son expérience avec ce trouble méconnu, et pourtant
dangereux.
En effet, le SMPP mène dans 10% des cas au décès de l’enfant victime de ce
trouble, partiellement à cause de la méconnaissance du trouble dans le monde médical, où
les soignants deviennent bras armés de la mère empoisonnant son enfant. De plus, le
schéma de pensée du SMPP est assez difficile à comprendre, dû au profil variable de la
mère atteinte, même si on sait que la plupart des cas recensés concernent la mère de
l’enfant “malade”. Tous les profils peuvent être présentés, même si Eric Binet note une
variable commune : le psychotraumatisme (négligence, deuil pathologique, trauma
complexe) ou SMPP de la mère elle-même par sa propre mère. On retient donc que les
problématiques de maltraitance infantile peuvent elles-mêmes mener à un SMPP pour
l’enfant de la victime.
Eric Binet déclare qu’un deuil prolongé (maladie où la mère s’est occupée du malade
notamment) dans la famille, vécu par la mère peut la mener à poursuivre une préoccupation
et des soins dirigés vers son enfant. Il peut se constituer un lien de soin, un déplacement du
soin vers une autre personne. Il y a une transmission de la conviction qu’aimer, c’est
soigner.
On retient également une perte de lien des mères avec la réalité, presque un
rapprochement vers la psychose. Ces mères peuvent ne pas se reconnaître quand on leur
montre des vidéos d'elles en train de maltraiter leur enfant. Une mère s’est même déclarée
innocente, avec la conviction profonde que son enfant était véritablement malade. Eric Binet
fait l’hypothèse de Troubles Dissociatifs de l’Identité pour certaines de ces mères, et d’une
mythomanie très prononcée, rendant l’étude du profil du SMPP difficile, les tests étant alors
fallacieux.
Ce trouble est donc caractérisé par de la dissociation sévère de la mère, qui est
souvent convaincue de prendre soin de son enfant en l’empoisonnant et en mentant au
corps médical. Le SMPP est un “empoisonnement de symbiose” : il y a une dimension
fusionnelle dans la relation, avec un manque de différenciation mère-enfant, avec souvent
un tiers extérieur, le père, qui est mis à distance. La triangulation n’est possible qu’avec un
médecin. Plusieurs enfants dans la fratrie peuvent être concernés par le SMPP, mais il peut
aussi n’y en avoir qu’un : les dynamiques à ce sujet sont encore assez floues.
Le trouble débute en général très tôt dans la vie de l’enfant, dès les premiers mois.
Un cas comme présenté dans le film, avec une victime adolescente, est plus rare. Le corps
médical peu familier avec ce trouble s’engage autour de la relation de l’enfant et de la mère,
suivant les instructions de cette dernière, eux-mêmes convaincus par sa préoccupation et
son implication. La plupart du temps, pas de tests sont conduits pour vérifier la véracité du
diagnostic avancé par la mère, ou voir les substances empoisonnant l’enfant. Cela peut
mener à des opérations invasives chez l’enfant, le mettant encore plus en danger. Les
soignants deviennent donc sans le penser complices, ce qui mène à de la culpabilité à
propos du fait d’avoir aggravé l’état de l’enfant et une humiliation à l’idée d’avoir été berné.
Pour aider l’enfant, il faut réaliser un signalement, et demander une délégation de
l’autorité parentale à un tiers digne de confiance, voire à l’ASE, pour que l’enfant s’éloigne
du cadre familial. La prise en charge thérapeutique est également complexe à réaliser ;
premièrement, car la mère reste très fermée, n’offre aucune aide. Les stratégies
thérapeutiques doivent lever la phobie dissociative de la mère. De plus, les mères
emprisonnées se suicident, se sentant injustement condamnées et loin de leur enfant, ce qui
peut fragiliser encore plus l’enfant qui peut encore être sous emprise.
Il faut tenter d’établir une prise de conscience chez la mère et l’enfant, premièrement
en allant dans le sens du SMPP, et ainsi établir une alliance avec la mère. On pourra ensuite
ébaucher l’élaboration chez la mère à propos des deuils vécus, de la maltraitance, et de leur
surinvestissement du corps de l’enfant.
L’enfant, quant à lui, va répéter le même schéma même s’il est séparé de sa mère,
restant sous emprise. A l’inverse, certains vont totalement rejeter le soin médical et
psychologique, développant une phobie du soin suite aux maltraitances vécues. Cela
empêche la prise en charge thérapeutique et peut entraîner beaucoup de risques.
Plusieurs éléments sont à favoriser pour une meilleure identification du trouble. Les
soignants doivent être plus formés. On a commencé à en parler dans les années 1970 aux
Etats-Unis, et le SMPP s’est répandu dans la culture populaire (Le Sixième Sens, où on voit
une mère mettre de la mort aux rats dans la soupe de sa fille prétendue malade
notamment), mais en France, on en parle peu. On touche en effet au mythe de la mère
censée être toujours bonne envers son enfant.
On repère une mère souffrant d’un SMPP à plusieurs signes : parfois infirmière,
médecin ou experte du trouble de son enfant, elle garde le carnet de santé de l’enfant,
auquel les soignants n’ont pas accès, en une zone opaque gardant le secret d’une maladie
factice. La douleur de l’enfant et la spécificité de la maladie n’importent peu à la mère qui,
malgré avoir parlé aux plus grands spécialistes, ne se rassure jamais et se convainc de
l’incurabilité de la maladie de son enfant. La violence physique peut être utilisée, mais
uniquement dans le but de prouver la maladie. Le diagnostic de l’enfant avancé par la mère
peut partir de symptômes réels, ou d'une allégation de maladie.
L’enfant peut présenter des symptômes surtout en présence de sa mère. Eric Binet
retient le cas d’un enfant dont les symptômes de la maladie dont il était prétendument
malade comptaient des vomissements, et l’enfant se mettait à vomir dès que sa mère venait.
On voit en cet élément une interaction pathologique révélant presque que l’enfant savait ce
que sa mère voulait de lui. Eric Binet déclare qu’un moment précis de réalisation comme
dans le film est irréaliste et qu’on devrait plus voir chez les enfants quelques moments de
lucidité isolés.
Le film est justement très peu effrayant comparé à la réalité, alors que les traitements
infligés par la mère peuvent défigurer le corps. La mère parfois montrée comme
ouvertement manipulatrice dans le film devrait témoigner plus d’un empoisonnement aussi
psychologique que somatique.
C’est un trouble encore méconnu, touchant toutes les classes sociales, et la plupart
des études sur le sujet sont médicales. Il y a même eu une étude intéressante de
l’Université Catholique de Lille de Droit, avec un travail sur la question du mensonge dans le
monde de la santé, sur le fait que les médecins ne sont pas préparés au fait que des
patients pourraient mentir au sujet de diagnostics et de symptômes, raison pour laquelle il
n’y a que fréquemment des prises de sangs, tests qui pourraient aider à déterminer que si la
maladie de l’enfant est véritable ou pas.
Recommandations ;
- Le syndrome de Munchausen par procuration | De Boeck Supérieur d’Eric Binet
- Sharp Objects, (livre de Gillian Flynn ou série HBO de Jean-Marc Vallée)




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