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Ma vie de courgette - Les enfants en foyer

  • 29 juil. 2025
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août 2025

Ma vie de courgette


“Ma vie de courgette” est adapté d’un roman de Gilles Paris, Autobiographie d’une

courgette, réalisé par Claude Barras et scénarisé par Céline Sciamma, abordant la

thématique de l’enfance maltraitée, abandonné, vue sous l’angle sous l’angle de l’enfant

lui-même. L’intervenante, Joëlle Dyan, psychologue clinicienne spécialisée en périnatalité, et

en trauma, a suivi des enfants en PMI (Protection Maternelle Infantile). Elle a aussi animé de

la supervision pour les professionnels suivant les mères issues de l’immagration avec de

jeunes enfants, et a ainsi, comme elle le dit, pu suivre des histoires d’enfants “abandonnés,

maltraités, en souffrance”, ainsi que les histoires de leurs parents.

Elle nous dit que ce sont des lieux où elle a pu travailler avec les conceptions, les

représentations de la parentalité. Elle nous cite Winnicott, un des premiers à avoir écrit sur

la petite enfance, durant l’après-guerre, dans un contexte de questionnement autour des

besoins de l’enfant, alors que ceux-ci étaient abandonnés, avec des parents décédés

notamment.

Dans le film est décrite une profonde solitude dans laquelle les enfants sont

enfermés. Ils s’entraident entre eux, mais on voit clairement l’incapacité des adultes à les

accompagner, notamment face à la mort des parents. On l’entend dans le vocabulaire utilisé

pour dire à Courgette que sa mère est décédée : “elle est partie”, “elle est au ciel”. Selon

l’intervenante, les enfants sont en capacité de comprendre que leur sort est celui des

orphelins, et qu’il ne faut pas leur cacher.

Les auteurs de Ma vie de Courgette dénoncent une atteinte dysfonctionnelle du système de

l’ASE, accompagnée d’une triste vision de l’offre et demande pour les familles d’accueil, qui

touche de l’argent, et qui est montrée dans le film par le personnage de la tante de Camille.

L’intervenante nous dit qu’il y a eu récemment des scandales concernant l’ASE qui n’aurait

pas été assez vigilante concernant les abus sexuels, les maltraitances, les négligences.

Selon elle, il faut cependant que la formation des professionnels soit très poussée afin qu’ils

soient en permanence vigilants, ce qui demande encore plus de moyens et de personnels.

Le thème du dysfonctionnement parental est également évoqué dans le film.

L’intervenante nous expose les différentes dimensions que la danger peut prendre pour le

développement de l’enfant :

- physique : un parent qui se drogue n’est pas en capacité de protéger son enfant

- psychologique : on ne répond pas aux besoins psychologiques de l’enfant

Si le psychologue repère quelque chose de dysfonctionnant, il doit faire une

déclaration écrite pour faire savoir à des organisations supérieures que de son point de vue

professionnel, il a perçu un danger, sachant ces organisations ont le principe que l’enfant ne

peut pas parler en son nom, car ses parents représentent tout pour lui (foyer, figures

d’attachement ...) et il ne parlera sans doute pas de lui-même. En effet, ces enfants se

vivent comme indignes d’être bien traités par un parent (comparé à ce qu’ils ont vu). C‘est

pour cela qu’on voit Camille pleurer à la fin du film lorsqu’elle est recueillie par le

personnage du policier qui va l’adopter.

On doit expliquer à l’enfant que même si les parents l’aimaient, ils n’étaient pas faits pour

être parents, et que l’enfant n’en est en rien responsable. Effectivement, certains des

personnages enfants du film peuvent s’identifier à leurs parents et en vouloir au reste du

monde. On a ainsi Ahmed, dont le père est en prison, qui est agressif à l’égard de tout

policier, car des policiers ont arrêté son père et il leur en veut.


L’intervenante nous précise que dans les foyers, les professionnels ne se substituent

pas aux parents : l’éducatrice n’embrasse pas les enfants à l’heure du coucher comme dans

le film. Le policier qui veut adopter Courgette et Camille représente un cas différent : il va

être une autre famille pour eux. Cependant, cet élément est très idéalisé dans le film et ne

représente pas du tout la réalité pour les enfants placés, lieu qui peut les confronter à

d’autres violences.

L’intervenante aborde un autre sujet : celui du sujet du placement en foyer, et de

comment l’annoncer à l’enfant. Cela doit être fait par une instance judiciaire, et l’éducateur

doit avoir des rudiments de psychologie pour l’annoncer de manière soutenante et

contenante. Il faut dire les mots, ce qui permet de faire réaliser à l’enfant l’irréversibilité :

selon Françoise Dolto, on se ne cache pas sa vérité à un enfant. Cela atténue déjà l’opinion

que le parent est parti, a oublié l’enfant, qui se demande pourquoi, et se le reproche. Le

suicide d’un parent est par exemple très difficile à intégrer pour l’enfant, car c’est un

abandon littéral : c’est très dûr à accompagner, et l’enfant peut considérer l’option du suicide

plus aisément car son parent l’a vécu lui-même.

L’éducateur peut amener l’enfant dans les foyers, comme en MECS (Maison d’Enfant à

Caractère Social). Une solution alternative est l’AEMO (Aide Educative en Milieu Ouvert), où

la famille reçoit de l’aide à domicile. Cependant, le but reste toujours de protéger l’enfant des

violences et de l’infanticide.

Dans le film, les enfants ont tous le même âge environ, ce qui n’est pas réaliste.

Les enfants montrent différents mécanismes de défense face à la souffrance de la

séparation avec leurs parents. Simon déploie sa colère sur les autres enfants et cherche à

exercer le contrôle qu’il n’a pas eu avec ses parents. Alice montre un retrait important, Béa

crie “Maman !” à chaque fois qu’un adulte arrive au foyer. Tout cela est au singulier, se fait

en fonction des ressources de l’enfant, de la solidité qu’il a, de son âge, de ce qui lui est

arrivé.

Cependant, il y a une tendance générale au repli, les enfants apprennent à se taire, à mentir

(par exemple pour ne pas qu’on les prive de leurs parents). Il peut y avoir des fugues, de la

violence verbale ou physique commise ou subie à nouveau, des hurlements la nuit, des

cauchemars, de l’énurésie.

L’important après le trauma est d’offrir un soutien adulte, de la responsabilité pour

suturer le traumatisme vécu par l’enfant, qui doit être entouré, d’un autre parent, d’amis ...

Dans le film, on voit un soutien important émanant des autres enfants, que le fait de ne pas

avoir de famille rapproche beaucoup. Winnicott disait aussi qu’avec de l’attention, on peut

entendre et aider. Il fait aussi offrir de la sécurité pour l’enfant, un endroit stable.

Recommandations :

- A corps et à cris, écrit par Caroline Eliacheff, une des premières psychanalystes à

parler aux bébés abandonnés à la naissance

- Pupille, film de Jeanne Herry évoquant le sujet de l’adoption dès le début de la vie de

l’enfant

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