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Violences intrafamiliales - Natacha Vellut,

  • 30 juil. 2025
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 août 2025

Natacha Vellut est psychologue et chercheuse, et a mené une recherche sur les maltraitances infantiles concernant les nourrissons de moins d’un an. Elle a pu aborder en détail le cas des néonaticides et des bébés secoués durant cette conférence.


Elle commence par nous faire un constat sur la baisse du crime en France au travers du

XIXème jusqu’à nos jours, y compris concernant les infanticides. Aujourd’hui, le taux de naissance a fortement baissé, notamment grâce au développement de la contraception et de l’IVG. On est donc face à un déclin de la maltraitance envers les jeunes enfants, mais qui ne signifie pas sa disparition, ce crime existe toujours et continue d’inquiéter beaucoup.

L’étude qu’a entrepris Natacha Vellut est une rétrospective sur les années 1996 à 2000, sur

trois régions (Nord Pas de Calais, Bretagne, Ile de France, régions suffisamment différentes les unes des autres mais à trois, représentant 1⁄3 des naissances françaises). Ce fut donc une fondation de départ pour parler de la population générale à partir de données quantitatives et qualitatives, provenant d’anciens procès verbaux, auditions, rapports d’expertises médicales, techniques, ou psychiatriques, des compte-rendus d’autopsie, des jugements ...


Les chercheurs sont arrivés au nombre de 34 morts subites inexplorées, 44 bébés secoués, 34 néonaticides, et le reste morts de négligence grave (enfants laissés seuls dans la voiture, dans la baignoire ...).

I. Les néonaticides

Le néonaticide est un terme inventé par le psychiatre américain Phillip Resnik pour qualifier

l’homicide de nouveaux nés dans les 24 heures après la naissance. Il est essentiel de relever que ce sont toujours les mères qui sont impliquées dans ces décès, alors que ce n’est pas le cas pour les autres types d’infanticides. De plus, les caractéristiques de l’enfant (prématuré ou non, le genre ...) ne changent pas les tendances. C’est un risque homicidaire important : on est plus susceptible d’être assassiné le jour de sa naissance que tous les autres jours de sa vie. Pour les cas relevés par les chercheurs, toutes les mères ont été mises en cause, mais certaines affaires n’ont pas été élucidées car certaines mères n’ont pas été retrouvées. 13 mères ont été condamnées, de 3,42 années de prison en moyenne, et 6,5 quand les mères ont nié leur implication.


Natacha Vellut a évoqué le fait que ces affaires de violences commises par la mère évoquent

socialement un profil présenté par les médias : une mère néonaticide serait jeune, souvent célibataire, primipares. Elles n’auraient que peu de ressources (finances, travail, lien social avec le père de l’enfant), face à une grossesse souvent non désirée. Le journal Le Monde vient justement de présenter un article à ce sujet, mais Natacha Vellut met en garde : malgré l’intérêt de l’établissement d’un profil pareil, ils sont souvent très réducteurs et ne reflètent pas la réalité.


En effet, on ne peut pas établir un profil socio-démographique unique au travers des cas

étudiés par les chercheurs : des femmes de 17 à 44 ans, la moitié vivant en couple, plus de la moitié ayant d’autres enfants ...

Cependant, on peut plus établir un profil psychologique : on repère un contexte relationnel

dysfonctionnel, avec une discontinuité de l’éducation, des parents désinvestis. Une mère de 3 enfants soulignait la “défaillance de ses parents” : “c’était rare qu’ils s’occupent de nous”. Une autre disait que c’était “comme si elle était transparente”. Une père d’une femme accusée de néonaticide dit qu’il ne lui “parlait pas assez, parfois il se demandait s’il avait eu une fille”. Les partenaires sont aussi peu présents, peu investis, dont un qui se déclare célibataire alors qu’il vit avec sa compagne et qu’ils ont des enfants ensemble”, et une femme qui dit qu’elle “n’attendait pas d’aide de sa part, ni morale, ni physique, ni matérielle”. C’était selon elle “comme si elle parlait à un mur, il n’y avait pas d’écho”.

Malgré l’absence de violences physiques dans la vie de ces mères, on note un important

isolement relationnel. Il y a également un repli sur soi, de l’inaffectivité, une dévalorisation de l’image de soi ...

Ces données ont été obtenues par des expertises psychiatriques et psychologiques, notant qu’il y avait certaines femmes concernées par de la dépression, de l’anxiété (après le décès des enfants). On avance souvent dans ces cas le diagnostic du déni de grossesse, mais l’intervenante propose plutôt le terme du “déni de la fin de la grossesse” : ce sont des femmes qui ne préparent jamais la naissance, la fin de la grossesse étant trop difficile à élaborer. Ces mères vivent la grossesse sans suivis, 3 découvrent la grossesse à l’accouchement, malgré les symptômes comme les mouvements de l’enfant

in utero. Toutes ces femmes rencontrent un évitement de la réalité, et vont essayer de ne pas être vues par leur enfant, ne le regardent pas, ne le rencontrent pas, ce qui rend possible les violences envers l’enfant. En effet, si ces femmes rencontrent leur enfant, elles ne peuvent pas passer à l’acte.

Ce phénomène est dû aux négligences familiales et relationnelles : si on envisage la famille

comme un transmetteur symbolique, avec des rôles attribués à chacun, le fait de ne pas avoir de place en tant qu’enfant fait que ces femmes vont échouer à se représenter symboliquement l’enfant à venir.

On a ainsi des mères qui déclarent que leur enfant n’est pas un enfant pour elles : “le bébé

était pour moi une boule, si je savais que c’était un enfant, je ne l’aurais pas tué”, “j’ai poussé quelque chose et il est sorti par mon anus”.

Pour lutter contre ces violences, il s’agit de suivre mieux la grossesse en repérant les signes et tenter d’accompagner la future mère dans l’élaboration autour de son enfant.


II. Les bébés “secoués”

Il y a un pic de ce phénomène autour de 5 à 6 mois, le plus âgé ayant 8 mois dans la

recherche. Secouer un bébé est un mouvement très particulier du bébé où la tête doit osciller, ce qui est dangereux car le cerveau est immature. Même s’il n’y a pas de décès, les conséquences sont très graves.

On parle médicalement de “traumatisme crânien non-accidentel”. Beaucoup de publications

sont écrites sur ces cas, mais rarement en sciences humaines et sociales. On reste sur des cas médicaux et juridiques.

Ces cas provoquent des batailles d’expertises techniques afin de prouver que la façon dont le nourrisson a été secoué était délibérée. Aucune des femmes accusées ne se reconnaissait comme meurtrière, car cela demande beaucoup au niveau de l’image narcissique, et ça arrive rarement au moment du procès. On a par exemple une femme accusée, qui a dû mimer l’accouchement en reconstitution du contexte et s’est rendue compte qu’elle avait tué son enfant. Elle s’est suicidée peu après en retournant en Maison d’Arrêt.


Les signes typiques du bébé secoué sont des hématomes sous le crâne, des hémorragies

intracrâniennes et rétiniennes, des lésions et oedèmes cérébraux.

Les cas étudiés dans la recherche étaient ceux de 25 garçons et de 6 filles. On ne connaît pas le rôle que le genre a dans cette répartition, mais on sait que les pleurs sont un déclencheur du reste.

En effet, la courbe des cas de bébés secoués suit la courbe des pleurs des nouveaux-nés selon l’âge.

Il y avait 37 cas de bébés secoués dans l’étude, avec 31 dont les parents étaient responsables, le reste étaient des nourrices.

Natacha Vellut précise qu’on peut ériger le profil de 3 différents types de parents :

- Les premiers sont jeunes, souvent immatures et présentent un faible niveau d’éducation. Ils

sont parfois concernés par des addictions, de la dépendance affective, ainsi que des difficultés

financières et matérielles (91% des pères sont sans emploi). Ces parents sont en général déjà

repérés par les services sociaux.

On retrouve généralement une temporalité accélérée : les parents se sont mis en couple

rapidement, il n’y a pas d’espace entre les différentes grossesses. La famille à venir est

surinvestie.

- On a ensuite un groupe plus difficile à repérer, avec des parents jugés “normaux” par leur

entourage, mais débordés par la charge de travail liée au fait d’avoir un enfant. Les débuts de la vie de l’enfant est vécue comme compliquée, et on observe un plus fort taux d’enfants

prématurés. Les parents reconnaissent le fait qu’ils se sentent débordés.

- Les derniers sont des parents violents, ayant des enfants systématiquement maltraités à

plusieurs reprises avant le décès de l’enfant. L’investissement professionnel des parents est à

noter, issus des catégories socio-professionnelles les plus élevées, ayant fait des études

supérieures, et appartenant au schéma d’une famille nucléaire conventionnelle. Les parents

peuvent cependant souffrir de stress professionnel et lié au bébé. On note une idéalisation du nourrisson après son décès.

La maltraitance ne vient donc pas de la précarité comme certains le pensent, et il faut

activement aller contre cette idée reçue.

On a donc rarement des aveux de ces parents qui ne reconnaissent pas leur culpabilité voire

parfois la difficulté qu’apportait leur enfant. Pour ces parents, il est plus confortable de reprocher le décès sur d’autres, et d’idéaliser le couple et la famille. Ceci contribue à davantage rendre la réalité décevante, ce qui fait que la récidive peut arrêter, car on n’arrive pas à suivre ces familles qui échappent souvent aux services sociaux même après les procès.

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